1969 - ريبورتاج في الدنمارك: الفضائل الحقيقية للإباحية - xnxx

En cette année 1969, l’évolution des moeurs a pour conséquence l’essor de l’industrie pornographique. Voici comment ce phénomène est perçu à l’époque.

Dans L’Express du 14 juillet 1969

Un touriste allemand affecte une curiosité détachée. Puis achète un film très spécial pour projection privée. Un militaire hésite devant le rayon des livres suggestifs. Deux hommes de plus de 50 ans, à l’air fruste, contemplent des illustrés. Il y en a pour tous les goûts : action simple ou compliquée, héros en nombre pair ou impair, de même sexe ou de sexe différent, et même – pourquoi pas ? – le roman-photo d’une femme qui s’effraie, puis se pâme devant un blouson noir dont le casque de motocycliste est, très clairement, la seule évidence de virilité.

Cela se passait mardi, à 10 heures du soir, au n° 7 d’lstelgade, la grande rue en face de la gare, à Copenhague. Istelgade compte, sur moins de 400 mètres, cinq “porno shops”, c’est-à-dire cinq boutiques de matériel pornographique.

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Pour la plupart, ces boutiques existent depuis 1967, année pendant laquelle toute censure sur les livres a été abolie. Mais le reste, films, disques, illustrés, n’était que “toléré”. Aujourd’hui, tout est licite. Sur proposition du ministre de la Justice, le conservateur Knud Thestrup, le Parlement danois a autorisé, à compter du 1er juillet 1969, la fabrication, la distribution et la vente de matériels pornographiques de toute nature.

En contrepartie, il a exigé que les affichages en vitrine soient maintenus dans les limites de la décence. Cela, afin de préserver la liberté de ceux qui ne sont pas amateurs de pornographie et qui se plaignaient de ne pouvoir échapper aux obsessions d’autrui.

L’effet du hasard

C’est la première fois qu’un pays occidental, de tradition chrétienne, établit, par la loi, que la morale publique ne procède pas des notions révélées du bien et du mal. Tout peut être admis qui ne gêne pas le voisin : les seules bornes à la liberté individuelle de chacun résident dans la liberté individuelle des autres.

La décision du Parlement danois est d’autant plus intéressante qu’elle se fonde sur deux ans d’expérience pendant lesquels tout était, sinon permis, du moins toléré. Les conséquences ont donc pu être pesées à la lumière de faits établis. Quels sont-ils ?

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La première constatation est qu’à Copenhague la prostitution a diminué d’environ 50%. “Il n’y a pas à trancher, disent les autorités danoises, quant à la valeur respective de l’amour vénal et de l’onanisme.” Simplement à remarquer, comme l’a fait pour L’Express le criminologue Preben Wolf, que “les personnes n’ayant pas de vie sexuelle normale trouvent aussi satisfaisant, et meilleur marché, d’acheter du matériel pornographique pour consommation solitaire que de recourir aux services de prostituées”.

La deuxième constatation est que, toujours à Copenhague, les délits sexuels constatés par la police ont diminué de 25%. Les avis sur ce point sont partagés. M. Wolf estime que la concordance peut n’être que l’effet du hasard. Beaucoup de sociologues et de psychiatres se déclarent, en revanche, convaincus que l’achat de matériel pornographique aide à réduire certaines frustrations. Ainsi, M. Knud Lundberg déclare : “Les personnes qui y trouvent leur satisfaction sont, de ce chef, moins portées à commettre des délits sexuels.”

L’amour libre

M. Lundberg tient avec sa femme la rubrique courrier du coeur (qui est aussi le courrier du sexe) dans le troisième quotidien du pays, le journal socialiste Aktuelt. C’est un personnage populaire : il a été international de football avant d’entreprendre ses études de médecine et d’écrire plusieurs ouvrages à succès d’éducation sexuelle. Le courrier qu’il reçoit ? “Le courrier de nature sexuelle, dit-il, correspond le plus souvent à des demandes de renseignements d’ordre technique. Dans ce cas, je réponds de façon simple et directe. Car chaque être humain a droit à l’orgasme.” Cette dernière phrase est révolutionnaire au sens propre du mot. Les révolutions, en effet, consistent, pour le meilleur ou pour le pire, à bouleverser l’ordre séculaire, à tenir la résignation pour dangereuse et les aspirations pour légitimes.

Les conséquences, pour l’instant, sont difficilement appréciables. Un psychiatre constate : “Les cas d’hystérie diminuent. Les cas d’angoisse augmentent.” Angoisse, anxiété, c’est, de toute façon, le lot d’une société qui tend à secouer les injustices du passé et à établir l’égalité des citoyens, quels que soient leur naissance, leur profession, leur âge ou leur sexe. Quand le patron ne fait plus la loi à l’ouvrier, le professeur à l’étudiant, l’homme à la femme et le père au fils, certaines tensions disparaissent. Mais de nouveaux rapports doivent être créés. Ils sont difficiles à établir, et bien souvent formels.

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Dans la jeune génération, la notion d’égalité entre l’homme et la femme n’est plus discutée. Le résultat, dans la plupart des cas, est loin d’être l’amour libre. Simplement des couples se forment, très jeunes, sortes de mariages à l’essai, concluants ou non. Il en résulte, du côté des hommes, quelque nostalgie d’une époque où les droits et les devoirs variaient selon le sexe. Et, chez certains et certaines, le goût de matériel pornographique sophistiqué et celui de plaisirs collectifs où le couple peut se fondre sans se séparer.

Le mal majeur

Un des psychiatres les plus célèbres du Danemark. le Dr Mogens Jacobson, 36 ans, déclare à L’Express : “Le mal majeur est la difficulté de communiquer. C’est le cas dans l’amour comme dans la politique ou dans l’industrie.”

Il est vrai que les fils du Nord n’ont pas cette tradition millénaire des conversations sur la place de village qui, encore aujourd’hui, permet aux Méditerranéens, même transplantés dans les villes, de parler pour parler, ou plutôt pour la seule satisfaction de communiquer.

En revanche, il revient aux Scandinaves le mérite d’avoir, dans tous les domaines, inventé des structures qui substituent la libre discussion à l’ancestrale, et presque sadique, volonté que chaque Latin continue, plus ou moins, à nourrir en lui-même : imposer, comme l’a dit Roger Vailland, sa “loi” à autrui.

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